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Comment écrire un « bon » livre ? Quelques questions à se poser avant ou pendant votre travail.

Techniques d'écritureQuoi que vous puissiez lire dans ces pages, n’oubliez pas que ces conseils ne représentent en aucune façon des « lois » ou des vérités indiscutables. Et même si tel était le cas, le génie consiste le plus souvent à savoir défier les règles et les usages. Dieu merci, aucune règle absolue ne saurait régir l’art de l’écriture. Il peut néanmoins être utile de connaître certains principes, ne serait-ce que pour mieux s’en défier.

Plutôt que des règles, ce sont des points de vue et des concepts sur l’écriture, que je partage à travers ces pages. Libre à vous d’y puiser ce que bon vous semble. 

Si vous faites appel à moi pour corriger votre manuscrit et vous suggérer des améliorations, je vous resservirai sans doute quelques-uns des préceptes que je développe dans ces pages. Alors, autant gagner du temps et en prendre connaissance tout de suite !

Vous pouvez également consulter les pages de la section Pour aller plus loin qui comportent des réflexions un peu plus aventureuses sur l’art d’écrire.

Et pour compléter ces pages de conseils, voici quelques citations d’auteurs qu’il me paraît très utile de méditer :

Mickael Moorcock

Mickael MoorcockSi la chose est possible, faites en sorte d’introduire vos personnages, vos situations ou vos théories pendant que l’action avance. Cela permet de préserver la tension dramatique.

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Utilisez la carotte et le bâton : votre héros est poursuivi par une obsession ou par le méchant et il poursuit lui-même un idéal, une personne, une réponse.


Kurt Vonnegut

Kurt VonnegutChaque personnage doit vouloir quelque chose, même si c’est un verre d’eau.

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Chaque phrase doit faire au moins l’une de ces choses : faire avancer l’intrigue ou dévoiler un aspect d’un personnage.

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Soyez sadique. Peu importe à quel point vos personnages sont charmants et innocents ; faites en sorte que des choses terribles leur arrivent, afin de révéler au lecteur de quoi ils sont capables.

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Adressez-vous à une seule personne. Si vous ouvrez la fenêtre avec le désir de faire l’amour au monde entier, votre histoire attrapera la pneumonie.

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Voici un conseil d’écriture : n’utilisez jamais les points-virgules. Ce signe est un travesti hermaphrodite qui ne signifie absolument rien. La seule chose qu’il fasse, c’est indiquer que vous avez été au collège.


Zadie Smith

Zadie SmithArrêtez de jouer les romantiques avec votre « vocation ». Ou vous savez écrire de bonnes phrases ou vous ne savez pas. Il n’y a pas un « style de vie d’écrivain ». La seule chose qui compte, c’est la qualité de ce que vous laissez sur le papier.

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J’essaie de lire équilibré comme on dit qu’on mange équilibré : si vos phrases sont trop amples, ou baroques, réduisez votre consommation de Foster Wallace, et mettez-vous à Kafka, comme l’on se fait une cure de légumes crus. Si votre esthétique est devenue si raffinée qu’elle vous empêche de coucher un seul mot sur le papier, arrêtez de vous inquiéter de ce qu’en dirait Nabokov : prenez donc du Dostoïevski, pour qui le style était moins important que la matière.

Stephen King

Stephen KingSi vous voulez devenir écrivain, il y a deux choses que vous devez faire davantage que les autres gens : lisez beaucoup et écrivez beaucoup.

Si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez pas le temps - ni les outils - pour écrire. C’est aussi simple que ça.

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En tant qu’auteur, j’ai toujours considéré que la qualité de l’intrigue avait priorité sur toutes les autres facettes du talent de l’écrivain. La psychologie, le thème, le style, tout cela devient secondaire si l’histoire est ennuyeuse. Et, si le récit vous tient en haleine, vous serez disposé à toutes les indulgences.

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C’est tout à fait utile d’avoir un peu de talent pour devenir écrivain, mais la seule chose qui soit absolument indispensable, c’est la capacité de se souvenir de la moindre cicatrice. L’art, c’est la persistance de la mémoire. 

George Orwell

George OrwellUn écrivain scrupuleux devra se poser au moins quatre questions pour chacune des phrases qu’il écrit :

Que suis-je en train de dire ? 
Quels mots dois-je utiliser ? 
Quelle image, quelle construction sera la plus claire ? 
L’image est-elle assez inventive pour avoir un effet ? 

Et il se posera sans doute deux autres questions :

Puis-je faire plus court ? 
Ai-je écrit quelque chose de laid qui pourrait être évité ?

On peut souvent douter de l’effet d’un mot ou une phrase, et il faut des règles sur lesquelles compter quand l’instinct échoue. Je pense que les règles suivantes couvriront la plupart des cas : 

  • Ne jamais utiliser une métaphore, une comparaison, ou une autre figure de style que vous êtes habitué à lire dans la presse.
  • Ne jamais utiliser un mot long quand un mot court peut le remplacer.
  • S’il est possible de supprimer un mot, supprimez-le.
  • Ne jamais utiliser la forme passive si vous pouvez utiliser la forme active.
  • Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique, ou un mot de jargon si vous pouvez le remplacer par un équivalent de tous les jours.
  • Déroger aux règles plutôt que d’écrire quelque chose de barbare.

Neil Gaiman

Neil GaimanSouvenez-vous : quand les gens vous disent que quelque chose ne va pas ou ne fonctionne pas pour eux, ils ont presque toujours raison. Quand ils vous disent avec précision ce qui ne va pas et comment régler le problème, ils ont presque toujours tort.

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Commencez à écrire une histoire que vous serez seul à pouvoir écrire, car il y aura toujours des écrivains plus doués ou plus malins que vous, il y aura toujours des gens capables de faire mieux que vous dans tel ou tel domaine. Mais il n’y a qu’une seule personne qui soit vous.

Bernard Weber

Bernard WerberLa seule motivation honorable (pour écrire) me semble être : parce que l’acte d’écrire, de fabriquer un monde, de faire vivre des personnages est déjà une nécessité et un plaisir en soi.

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Beaucoup de romanciers, surtout en France, font du joli pour le joli. Ils enfilent les phrases tarabiscotées avec des mots de vocabulaire qu’il faut chercher dans le dictionnaire comme on enfile des perles pour faire un collier. Cela fait juste un tas de jolies phrases. Pas un livre.

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Il est beaucoup plus difficile de plaire au large public qu’à un groupe de soi-disant arbitres des élégances. Faire simple et clair réclame beaucoup plus de travail que de faire grandiloquent, incompréhensible, et rempli de sous-entendus que l’auteur est le seul à connaître.

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Ne pas avoir peur de tout recommencer. En général le premier jet est imparfait. On a donc deux choix, soit le rafistoler comme une barque dont on répare les trous dans la coque avec des bouts de bois, soit en fabriquer une autre. Ne pas hésiter à choisir la deuxième solution.

J’ai refait 120 fois « Les fourmis », et franchement les premières versions n’étaient pas terribles.

Gérard Klein

Gérard KleinLa première constatation pénible dans l’exercice de l’écriture est que le texte rencontrera tôt ou tard un lecteur et qu’il doit plaire à ce lecteur ou plus précisément encore le séduire. Le lecteur donne toujours quelque chose à l’auteur, du temps, de l’argent et de préférence pour l’auteur : les deux. Il exige, en échange, d’être distrait. Cette exigence peut prendre la forme d’une intense excitation intellectuelle, d’une formidable exaltation esthétique ou plus banalement d’une identification à un personnage exotique, mais elle a toujours le même sens, totalement égoïste du point de vue du lecteur, être ravi. S’il s’ennuie, il s’en ira et pis, s’en souviendra.

Le lecteur est sans volonté aucune, capricieux, inconstant, conformiste, dénué de courage et de la plupart des valeurs qui rendent la vie en société à peu près supportable, et qui plus est, hargneux : c’est un être tout à fait méprisable mais malheureusement indispensable à l’activité de l’auteur. Sa seule excuse est que la lecture est généralement un exercice solitaire et qu’il se comporte donc comme font les gens lorsqu’ils savent ou croient que personne ne les observe : épouvantablement mal. Le psychanalyste aura reconnu au passage une figure quasi-emblématique de la régression. La leçon que l’auteur doit en tirer, c’est qu’il doit prendre au piège le lecteur, l’introduire dans son rêve et surtout ne jamais le réveiller avant la fin du texte. De manière générale, veiller au plaisir du lecteur qui est, comme chacun sait, dans tout rêve, de satisfaire un désir, assez rarement masochiste bien que cela se voie.

On m’objectera que l’auteur qui, lui, est altruiste, original, courageux, persévérant et, de façon générale animé des intentions les plus généreuses, cherche précisément à éveiller le lecteur à des réalités ou à des idéaux plus élevés, à dissiper les illusions sociales ou métaphysiques qui obscurcissent son entendement, etc. Mais je rétorquerai finement qu’il est plusieurs usages du sommeil et du rêve, en particulier pédagogiques, et que l’auteur qui a fait parcourir son rêve de bout en bout par un lecteur à l’état médusé laissera bien quelques traces dans ce lecteur réveillé.

Je ne m’inquiète du reste pas du tout ici des intentions de l’auteur mais, en honnête sophiste, des procédures qui visent à le satisfaire et je répète qu’il faut d’abord endormir l’incrédulité du lecteur et ensuite le mener aussi doucement qu’il sera nécessaire pour ne jamais le réveiller. Car s’il se lève et jette le livre, la meilleure intention est perdue. 
Il faut donc une histoire, à cette histoire une idée et qu’elle soit raisonnablement originale mais pas trop peut-être, si tant est qu’une idée puisse être trop originale, ce dont je doute, et encore que cette idée, dans son développement, demeure suffisamment vraisemblable pour ne pas solliciter exagérément la crédulité du lecteur.

(Texte extrait du n°11 de la revue Nous les martiens - Nov. 1987)

George R.R. Martin

George R. R. MartinIl existe deux types d’écrivains : les architectes et les jardiniers. Les premiers planifient leur ouvrage de A à Z avant d’en rédiger une seule ligne, tandis que les seconds se contentent de semer quelques graines. J’appartiens plutôt à la seconde catégorie, même si aucun auteur ne peut être facilement classé dans l’un ou l’autre groupe. Je prévois le déroulé des événements dans les grandes lignes, je sais plus ou moins dans quelle direction je souhaite aller, mais l’acte d’écriture lui-même donne naissance à de nouvelles idées et à de nouveaux développements. 

Il m’arrive de me surprendre moi-même. De nombreux romanciers ont un rapport quasi mystique à l’écriture. Celle-ci permet en effet de libérer des forces créatrices qui n’ont pas grand-chose à voir avec la partie analytique du cerveau, indispensable, elle, à la structuration de l’ouvrage. Je ne suis pas toujours totalement maître du processus. Parfois, les idées viennent du plus profond de moi-même. Je tâche alors de les creuser pour voir où elles me mènent. Quand j’aboutis à une impasse, je suis contraint de faire marche arrière. Ce n’est peut-être pas la manière la plus efficace de progresser, mais selon moi, c’est celle qui permet d’obtenir le meilleur résultat.

(Extrait d’une interview accordée à Migros Magazine - Ralf Kaminski - 6 juillet 2014)

Yves Meynard

Yves MeynardEn littérature générale, il paraîtrait que 50 % des manuscrits de romans soumis aux éditeurs sont autobiographiques. Certainement, de nombreux livres ont des éléments autobiographiques. Et certains grands livres sont clairement des autobiographies romancées. 

Rien de mal à tout cela, sauf qu’il y a des gens qui s’imaginent que l’autobiographie est la voie royale qui mène à la grande littérature. Or, c’est faux. Parce que la vie de la plupart des gens est banale et ennuyante. C’est le cas de la mienne ; et soyez honnête, c’est le cas de la vôtre aussi. 

Je ne dis pas que votre vie est ennuyante pour vous ; elle ne l’est pas, puisque c’est vous qui la vivez. Mais elle est ennuyante pour moi qui vous lis. Disons-le crûment, et cruellement : je me moque de savoir ce qui vous est arrivé à douze ans quand vos parents se sont séparés, que vous avez déménagé à Drummondville et que vous avez eu une peur bleue en passant l’Halloween. 

Je m’en moque parce que je ne suis pas votre ami ; je ne suis que votre lecteur. 

Il est important de ne pas confondre fiction et confession. Si vous devez mettre vos tripes sur la table, faites-le auprès d’un prêtre, d’une psychologue, d’une amie intime. Mais ne vous confiez pas à un parfait étranger, en prétendant raconter une histoire inventée ; vous trichez sur toute la ligne. 

Rien ne vous empêche de vous servir d’un événement réel, qui vous est arrivé, dans le cadre d’une fiction. Mais vous devez garder à l’esprit que la pleine charge émotive de cet événement n’existe que pour vous, à moins que vous n’ayez pris la peine de raconter votre vie entière jusqu’à cet événement… Et même là, la personne qui vous lit n’est pas vous-même, ne partage pas forcément vos peurs instinctives et vos réactions. Inévitablement, l’incident que vous couchez sur le papier n’aura pas le même impact pour celui qui le lit que pour vous qui l’avez vécu. Et, hélas, les grands écrivains ne sont pas ceux qui ont pleuré toute leur vie ; ce sont ceux qui nous font pleurer en les lisant. Pour intéresser un lecteur, ne lui parlez pas de vous ; parlez-lui de lui-même..

(Extrait de l’article Comment ne pas écrire des histoires, pour la revue Solaris)

En vrac

andrew motion

Pensez avec vos sens autant qu’avec votre cerveau.

Andrew Motion

anton tchekov

Ne me dites pas que la lune brille. Montrez-moi le reflet de sa lueur sur un verre brisé.

Anton Tchekov

Henri Miller

Quand vous n’arrivez plus à créer, vous pouvez encore travailler.

Henry Miller

Ray bradbury

La quantité produit de la qualité. Si vous ne produisez qu’au compte-gouttes, vous êtes fichu.

Ray Bradbury

Elmore Leonard

J’essaye de supprimer les passages que les gens sautent.

Elmore Leonard

James Patterson

Je fais toujours comme si j’étais assis en face d’un groupe de personnes. Je leur raconte une histoire et je ne veux pas qu’ils s’en aillent avant que je ne l’aie terminée.

James Patterson

Mark Twain

Dans vos écrits, remplacez toujours le mot « vraiment » par le mot « foutrement ». Ainsi, vous serez sûr que votre éditeur rayera cet adverbe et votre texte trouvera sa forme juste.

Mark Twain

John Steinbeck

Si vous usez de dialogues, prononcez-les à haute voix au moment où vous les écrivez. C’est le seul moyen pour qu’ils sonnent comme des paroles.

John Steinbeck

Saul Bellow

Vous n’avez jamais besoin de modifier quoi que ce soit à quelque chose que vous vous êtes levé en pleine nuit pour écrire.

Saul Bellow

G.K. Chesterton

Je dois mon succès au fait d’avoir écouté avec une attention respectueuse les meilleurs conseils, puis de m’être éloigné pour faire exactement le contraire.

G.K. Chesterton

W. Somerset Maugham

Il y a trois règles importantes pour écrire une bonne histoire. Malheureusement, personne ne les connaît.

W. Somerset Maugham

Ernest Hemingway

La prose, c’est de l’architecture, pas de la décoration d’intérieur.

Ernest Hemingway

Lev Grossman

Ne prenez les conseils de personne trop au sérieux.

Lev Grossman

Jack Kerouac

Vous êtes toujours génial.

Jack Kerouac

David Morrell

Parler des émotions n’incitera pas un lecteur à les ressentir. Par exemple, la phrase : « Il est triste. » n’évoquera aucune tristesse. Le lecteur doit vivre la situation dans l’histoire, expérimenter ce que le personnage expérimente.

David Morrell

Dany Laferrière

Quand vous cherchez sans succès depuis un moment à décrire la pluie qui tombe, essayez : « il pleut ».

Dany Laferrière

Edgar Poe

Edgar PoeLes règles imaginaires d’Edgar Poe 

Ce qui suit n’a pas réellement été proposé par Edgar Poe. Mais s’il avait dressé une liste de conseils d’écriture, elle ressemblerait peut-être à ce qui suit :

  • Employer un narrateur peu fiable, de préférence quelqu’un qui ne sait pas qu’il est fou, quelqu’un capable de profaner la tombe de sa maîtresse récemment décédée pour lui arracher les dents et qui aura tout oublié de ses actes dès le lendemain matin.
  • Inclure une belle femme avec une chevelure de corbeau et une peau de porcelaine, de préférence assez jeune. Faites en sorte qu’elle meure tragiquement d’un mal inconnu.
  • Utilisez des expressions grandiloquentes, comme « jusqu’à dorénavant », « séance tenante », et « jusqu’à la nuit des temps ». Un peu de latin permettra également d’améliorer le texte.
  • Ne pas hésiter à pousser le grotesque dans l’ivresse, l’emprisonnement, la folie et les hommes déguisés en orangs-outans qui meurent carbonisés.
  • En cas de doute, enterrer quelqu’un vivant.

 

À lire également sur ce site :

  • Les bases : Comment écrire une bonne histoire (et comment bien faire l’amour).
  • Idées et fiction : La fiction a besoin d’idées, mais pas seulement…
  • Histoire, intrigue, espoirs et peurs  : Qu’est-ce qui différencie l’histoire et l’intrigue ? Comment construire l’intrigue ?
  • Les personnages : Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Vos personnages sont-ils des imbéciles ?
  • Le public cible : Écrire, c’est communiquer. Votre langue est-elle adaptée à votre cible ?
  • Quand s’arrêter : Ou « jusqu’où aller trop loin ? »
  • Faites court ! : L’échec du premier roman est un processus parfaitement normal en littérature. Ne faites pas de cette étape une tragédie insurmontable !
  • Ni trop, ni trop peu… : Le lecteur est un partenaire avec lequel il faut savoir travailler. 
  • La méthode Lester Dent : Comment réussir son roman d’action à coup sûr.