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5 bonnes raison pour « faire court », plus une bonne raison pour ne pas « faire long ».

Ça y est ! Vous vous lancez ! Voilà plusieurs mois que vous ruminez vos personnages et la trame de votre histoire. Vous serez bientôt le roi ou la reine du prix Goncourt et le public raffolera de votre trilogie en 5 volumes. Le seul détail qui vous sépare encore de la gloire est insignifiant : il vous reste 3 000 pages à écrire.

Vous avez la plupart des qualités qui font un bon écrivain : vous êtes ambitieux(se) et perfectionniste, et vous avez du courage à revendre. À travers cette page, je vous invite malgré tout à modérer votre ambition pour en faire votre alliée plutôt que votre ennemie. Voici 5 bonnes raisons pour « faire court » et une bonne raison pour ne pas « faire long ».

1- Un roman court se vendra plus facilement

Voilà peut-être qui bouscule vos idées reçues ? Il est vrai que les romans que l’on trouve aujourd’hui en librairie sont souvent d’énormes pavés organisés en trilogies, tétralogies ou en suites d’une dizaine de tomes. Mais regardez mieux et prenez le temps de compter : dans une librairie d’aéroport, vous dénombrerez davantage de « petits » romans que de gros pavés. Il y a une raison à ça : un petit livre coûte moins cher à imprimer qu’un gros. Il peut donc être proposé à un prix plus attractif (il s’avère que le prix à une influence considérable sur les ventes). Par ailleurs, même si la lecture d’une saga de 2 ou 3 000 pages ne vous effraie pas, vous n’êtes pas forcément représentatif(ve) du lecteur moyen. Une bonne partie du public ne parvient pas à digérer de tels monstres et préfère se lancer sur un livre plus modeste qui peut se lire en quelques jours.

2- Un roman court se fera éditer plus facilement

Non, les éditeurs ne bénéficient pas d’un temps illimité. Si vous parvenez à livrer une œuvre parfaite qu’il est impossible de lâcher à partir du moment où l’on a mis son nez dedans, sa longueur n’a aucune importance. Mais si votre livre demande quelques corrections, vous risquez de décourager votre éditeur en lui proposant un roman fleuve qui lui demandera des semaines de travail.

Un roman court pourra recevoir l’accord de votre éditeur même s’il comporte des imperfections. Un roman de plus de 250 pages ne passera cette épreuve que s’il est absolument irréprochable. Comment parviendrez-vous à être « absolument irréprochable » sur un premier livre, alors que vous ne savez même pas exactement ce que votre éditeur attend de vous ?

3- Un roman court se corrigera plus facilement

« La moitié de ma vie est consacrée à la révision. »

John Irving

Vous ne le savez peut-être pas encore, mais l’écriture de votre deuxième roman sera entre 2 et 10 fois plus rapide que celle du premier. Et le temps qui sera nécessaire pour le corriger diminuera encore bien davantage. Quand vous aurez fait un bilan du temps que vous avez passé à écrire, réécrire et àcorriger vos 100 premières pages, vous constaterez probablement que vous en êtes au même point que la plupart des auteurs débutants : entre 2 et 5 jours par page. En faisant un calcul objectif, vous conclurez qu’il va vous falloir 3 à 8 ans pour terminer votre roman de 500 pages. Si vous ajoutez à ce calcul les phases de découragement pendant lesquelles plus rien n’avance, vous arriverez probablement à 10 ou 15 ans de travail. Tiendrez-vous jusqu’au bout ?

Et si vous décidiez plutôt d’écrire une longue nouvelle de 150 pages ? Vous aurez bien moins de difficultés à donner du rythme à votre récit et à organiser sa cohérence. Vous passerez moins de temps à réécrire et à corriger ce qui ne « colle » pas et vous pourrez boucler votre premier livre en 1 à 2 ans. N’est-ce pas plus réaliste ?

4- Un roman court se terminera plus facilement

Il est facile d’avoir une volonté inflexible et un enthousiasme débordant au début du travail d’écriture. Çal’est moins au bout de quelques années. L’immense majorité des « premiers romans » se finit en queue de poisson. Laissez-moi vous raconter ce drame tragique en quelques lignes :

  • Sur la base d’une trame assez vague et d’une ébauche des personnages, l’auteur se lance dans l’écriture d’un premier chapitre qui se déroule remarquablement bien. Le résultat est percutant : l’ambiance est prenante et on se laisse facilement embarquer par l’histoire.
  • Grisé par ce succès, l’auteur décide de revoir son travail pour en corriger les petites imperfections avant de passer à la suite. Il découvre alors que le temps consacré aux corrections est deux à trois fois plus important que celui qu’il avait consacré à la rédaction. Il découvre également deux bonnes raisons de douter de lui-même : 1- à force de retravailler son premier chapitre, il constate que son style d’origine comportait énormément de « petites » erreurs et qu’il n’est pas encore un écrivain tout à fait accompli. 2- il découvre que les seuls passages vraiment « bons » de ce premier chapitre sont le résultat d’une inspiration inexplicable sur laquelle il n’a aucun contrôle et qu’il n’est pas certain de savoir reproduire.
  • Un peu décoiffé, mais pas encore découragé, l’auteur reprend l’écriture de son livre. Le travail qu’il a effectué sur son premier chapitre à fait naître d’innombrables idées et il ne sait pas trop lesquelles traiter en premier. Décidé à ne pas reproduire les erreurs de style qu’il avait constatées sur son premier chapitre, il relit quatre fois chacune des phrases qu’il pose sur le papier. Résultat, l’écriture du deuxième chapitre lui prend quatre fois plus de temps que celle du premier. Mais il y a bien pire : cette nouvelle façon d’écrire bloque son inspiration et lorsqu’il a enfin terminé son deuxième chapitre, il constate qu’il est plat et sans intérêt.
  • Six mois se sont déjà écoulés depuis le début du travail. L’auteur se décide enfin à établir une trame générale de son histoire et à définir ses personnages avec plus de précision. Cette démarche le libère d’un grand nombre de questions qui l’empêchaient d’avancer. Malheureusement, il va devoir réécrire entièrement ses deux premiers chapitres qui ne « collent » plus vraiment avec la trame générale. « Réécrire », cela veut dire également « recorriger », et il sait désormais, que le travail de correction est bien plus long que le travail d’écriture.

De nombreux auteurs s’arrêtent à ce stade, même si le scénario que je décris ici peut connaître des variantes en fonction de la personnalité de chacun.

À mon sens, les trois principales erreurs des auteurs débutants consistent :

  • À voir trop grand, à être trop ambitieux.
  • À trop avancer l’écriture sans avoir une idée raisonnablement précise de ce que le roman sera au final.
  • À trop se relire avant d’avoir suffisamment avancé.

Et Dieu sait que je comprends que l’on tombe dans ces pièges ! Les questions tout à fait naturelles qui viennent tarauder tout auteur ayant réussi son premier chapitre sont « ce chapitre est-il vraiment bon ? », « vais-je garder cette inspiration jusqu’au bout ? », « vais-je réussir à terminer ce livre ? »

Le doute qui se cache derrière ces interrogations est si puissant que l’auteur DOIT retravailler ce premier chapitre afin de se rassurer, de se prouver qu’il est vraiment capable d’atteindre la perfection. Malheureusement, cette étape ne fait qu’aggraver la situation et bloque son inspiration.

Plus vous aurez décidé de « faire court » et moins vous passerez de temps en réécriture et en corrections. Ce gain de temps n’est pas proportionnel au nombre de pages que vous « enlevez » de votre projet : il est exponentiel. Car plus vous aurez décidé de « faire court » et de limiter votre ambition et moins vous aurez de doutes sur votre capacité à terminer votre livre.

Notre principal ennemi n’est pas l’imperfection de notre style. Notre principal ennemi est le doute. Et il est bien plus puissant que nous ne voulons l’admettre.

5- Un roman court laisse de la place à un deuxième roman

Pour compenser les divers handicaps qui pénalisent inévitablement tout auteur débutant, vous devez donner tout ce que vous avez dans ce premier livre. Le problème que vous rencontrerez si vous envisagez dès le départ d’organiser votre récit en plusieurs tomes, c’est que vous voudrez garder quelques bonnes idées pour le tome suivant. D’une certaine façon, vous vous « économiserez ». Voilà un beau péché d’orgueil ! Car si vous souhaitez que ce premier livre soit le meilleur possible, vous n’y parviendrez pas en vous « économisant » mais plutôt en vous pressurant jusqu’à la dernière goutte. Faites-vous confiance : votre imagination est illimitée. Même si vous jetez dans ce premier livre tout ce qu’elle est capable de vous donner, vous retrouverez de nouvelles idées pour le livre suivant.

Cette approche vous donnera même une bien plus grande liberté pour vos prochains livres qui ne seront pas nécessairement liés au premier.

Qui sait de quoi vous serez capable quand vous vous serez enfin débarrassé de la question « suis-je capable d’écrire un roman » ? Personne ! Plus vite vous répondrez à cette question et plus vite vous libèrerez votre plein potentiel !

Aussi puissantes que soient votre intelligence et votre volonté, elles n’auront jamais la force de l’expérience vécue. Vous ne pouvez prédire exactement ce qui se passera quand vous aurez achevé votre premier roman ni dans quel état d’esprit vous aborderez le deuxième. Oubliez donc le deuxième pour le moment ! Terminez votre premier roman aussi vite que possible !

6- Votre premier roman sera probablement un « échec »

Au début était le verbeNous rêvons tous de réussir du premier coup. Mais combien d’auteurs y parviennent ? Combien de « grands » auteurs y sont parvenus ? L’immense majorité des auteurs que nous admirons aujourd’hui a galéré avec son premier livre. Et parmi ceux qui ont gagné au Bingo du premier coup, vous constaterez qu’une grande partie a commencé par écrire des romans courts. 

Le Grand Meaulnes (Alain-Fournier), Le Salaire de la peur(Georges Arnaud), J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir(Christine Arnothy), Vipère au poing (Hervé Bazin), L’Alchimiste(Paulo Coelho) et L’étranger (Albert Camus), sont quelques-uns des innombrables exemples de premiers romans qui ont lancé des grands auteurs. Aucun « pavé » ne figure dans cette liste. L’écriture y est concise et précise.

En vous lançant dans l’écriture d’un roman trop long, vous risquez de surinvestir sur votre livre. Je parle d’un surinvestissement en temps, mais aussi (et surtout) en sentiments. Si votre livre vous a coûté trop « cher », vous n’oserez même plus le présenter à un éditeur, car vous serez tétanisé(e) par deux sortes de peurs : 1- celle de voir votre manuscrit refusé - 2- celle de voir votre manuscrit accepté à condition de le retravailler (et là, franchement, j’en peux plus !).

Votre premier roman a surtout pour but de faire de vous un écrivain. S’il vous apporte un succès immédiat, tant mieux ! Mais ce n’est pas sa vocation principale. Moins vous lui consacrerez de temps et mieux vous accepterez de le mettre de côté et de continuer à écrire en cas d’échec.

L’échec du premier roman est un processus parfaitement normal en littérature. La plus grande partie des auteurs est passée par là. Ne faites pas de cette étape une tragédie insurmontable !

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